Professeur Konstantin Katzarov

Le destin de l’éminent professeur bulgare de droit Konstantin Ivanov Katzarov (31.08.1898 – 07.10.1980) est constamment lié à la Bulgarie et à la Suisse.

Biographie

1898: Naissance
Né à Sofia à la fin du XIXe siècle, il fait ses études supérieures à Berne où il soutient brillamment son doctorat de droit en 1920. Le grand juriste commence sa carrière académique à l’Université de Sofia et finit son parcours universitaire à la Faculté de Droit de l’Université de Genève. Habilité en 1931, il est nommé dans la chaire de droit commercial maître de conférences la même année, professeur extraordinaire en 1937, privat-professeur en 1942 et professeur en 1945. Suite aux changements politiques survenus en Bulgarie après la Seconde guerre mondiale professeur Konstantin Katzarov se voit obligé de quitter son pays en 1956 et s’installe à Genève où il poursuit son activité de juriste et de professeur universitaire. Il enseigne à la Faculté de droit de l’Université de Genève de 1963 jusqu’à sa retraite en 1970.

Le professeur Konstantin Katzarov fut membre de l’Association internationale de droit, de l’Académie slovaque des sciences (1932-1956), de la Société académique de Genève, de l’Institut britanique de droit international et comparatif, de la Société archéologique de droit international.

En 1969 professeur Konstantin Katzarov réalise son rêve de créer un fonds ayant pour objectif d’aider les jeunes Bulgares de parfaire leur formation académique. Quoique séparé géographiquement de Bulgarie il ne rompt pas ses relations avec son pays d’origine qu’il nomme “La Bulgarie éternelle”. Il lui consacre quelques livres dont son bestseller biographique 60 ans d’histoire vécue et y achemine régulièrement de nombreux ouvrages juridiques comme dons à la Bibliothèque nationale de Bulgarie.

Cours dispensés: à la Faculté de droit de l’Université de Sofia – Droit commercial, Droit maritime, Droit international (1931-1951); à l’Université de Genève – Droit commercial (1963-1970).

Prof. D. Vessélinov, Dr

Bibliographie

Katzarov, Konstantin. Traité systématique de droit commercial bulgare [texte en bulgare]. Sofia, Imprimerie royale, 1939, IX-1018 p. (5e éd. Sofia, 1990).

Katzarov, Konstantin. Le monde de près. Notes de voyage [texte en bulgare]. Sofia, Imprimerie Knipegraphe, 1946, 505 p. (3e éd. Sofia, Prozoretz, 1995).

Katzarov, Konstantin. Théorie de la nationalisation. Neuchâtel, Ed. de la Baconnière, 1960, XVI+516 p.; éd. en anglais: The Theory of Nationalisation. N.V. Martinus Nijhoff, The Hague, 1964, VII+392 p.; éd. en espagnol: Teoria de la macionalizacion (El estado y la propriedad). Mexico. Imprimerie Universitaire, 1963, 703 p.; éd. en arabe: [titre en arabe]. Bagdad, Ed. Al-Ani, 1972, 862 p.

Katzarov, Konstantin. Gewerblicher Rechtsschutz und Urheberrecht der UdSSR und der Volksdemokratien Europas. Weinheim/Bergstr. Verlag Chemie, 1960, XVI+378 S.;

Katzarov, Konstantin. Analyse des Sieges. Dusseldorf, AG de May, 1964, 515 S.

Katzarov, Konstantin. La victoire manquée. Le sort de l’Europe vu par son Sud-Est. Boudry-Neuchâtel, La Baconnière, 1967, 398 p. (2e éd.: Sofia, Prozoretz, 1994, 407 p.).

Katzarov, Konstantin. 60 ans d’histoire vécue [texte en bulgare]. Montreux, Promidrin S.A. 1970, 680 p. (2e éd. Sofia, Prozoretz, 1992, 687 p.).

Hommage

Professeur Robert Patry (1923-2016), ancien président du Comité du Fonds Katzarovi

Un grand patriote et un homme de coeur

Juriste complet et expérimenté, Konstantin Katzarov avait une personnalité un peu réservée, mais très attachante. Exigeant pour lui-même comme aussi pour ceux qui ont eu l’honneur de travailler avec lui, il cachait un coeur d’or derrière un visage sévère, parfois même un peu froid. Malgré les souffrances subies sous le régime communiste, il était resté, avec son épouse Zinovia, profondément attaché à son pays, sa Bulgarie éternelle.

Né à Sofia le 31 aout 1898, docteur en droit de l’Université de Berne, il avait entrepris des études spécialisées en droit commercial et en droit international dans plusieurs universités d’Europe occidentale (Londres, Paris et Berlin). Rentré dans son pays, il ouvrit une étude d’avocat en 1921 et, dix ans plus tard, entra à l’Université de Sofia comme professeur de droit commercial et de droit international (privé et public). Cette intense activité au barreau, qu’il a exercée pendant plus de trente ans, et même dirigé comme membre du Conseil suprême de l’Ordre des avocats bulgares, et l’enseignement universitaire qu’il a donné fidèlement pendant vingt-cinq ans, ne l’ont cependant pas empêché de publier, en Bulgarie, d’importants ouvrages juridiques, soit notamment La nationalité des personnes morales (1922), Bases et structures de la propriété industrielle (1929), Nullité de la société par actions en raison de vices dans la procédure de fondation (1935) et un Traité systématique de droit commercial bulgare (1948). Tel que nous l’avons connu depuis qu’il s’était réfugié en Suisse, le professeur Katzarov n’appréciait guère la superficialité de certains juristes : c’est par un travail rigoureux et précis qu’il s’était acquis, bien au-delà des frontières de son pays, une solide réputation de spécialiste du droit de la propriété industrielle, du droit commercial et du droit international, ce qui lui valut d’être souvent invité à fournir des contributions à des revues d’importance internationale (Revue internationale de droit des gens, Revue trimestrielle de droit commercial, Annuaire de législation française et étrangère, Zeitschrift für Ostrecht, Encyclopedia of Copyright).

En fait, c’est dans l’adversité que les époux Katzarovi nous ont révélé leur personnalité si attachante. Leur profond respect des valeurs humaines et leur sens de la liberté et des Droits de l’Homme n’étaient guère compatibles avec les rigueurs et les injustices du régime communiste qui a sévi si durement, en Bulgarie comme dans les autres pays de l’Europe de l’Est. Après avoir subi pendant quelque temps la prison politique, le professeur Katzarov fut contraint de s’exiler. En 1956, Konstantin Katzarov vint se réfugier à Genève, laissant à Sofia sa femme et son fils, Gueorgui, ainsi que ses petites-filles. Mme Zinovia Katzarov n’a rejoint son époux qu’en 1965.

Avec courage, soutenu par son épouse, le professeur Konstantin Katzarov créa en 1960 à Genève un bureau d’avocat de brevets (Patentanwalt), qui devint rapidement prospère. En outre, nommé privat-docent à notre Faculté de droit de Genève, il reprit la plume pour écrire plusieurs ouvrages importants, tels que sa Théorie de la nationalisation, qu’il publia en français (1960), en espagnol (1963), en anglais (1964) et même en arabe (1971), La victoire manquée (1968), La propriété industrielle dans le monde (1970) et, en bulgare, un Traité de droit de la propriété industrielle et de droit d’auteur en URSS et dans les Républiques de l’Europe de l’Est (1971), ainsi qu’un ouvrage historique, 60 ans d’histoire vécue 1908-1968, qui constitue ses Mémoires (1970).

Après quelques années consacrées à la réorganisation de sa vie en exil, le professeur Konstantin Katzarov put se vouer, avec son épouse, à cette noble tâche qui lui tenait tant à coeur, c’est-à-dire contribuer à la formation démocratique de la jeunesse bulgare. Dans ce but, les époux Katzarovi décidèrent, en 1968, de laisser à leur fils resté à Sofia, les biens qu’ils possédaient encore en Bulgarie et de léguer, au Fonds qu’ils ont créé dans le cadre du Fonds général de l’Université, tous leurs biens acquis en Suisse. Ils ont ainsi permis à de nombreux étudiants et chercheurs bulgares de venir en Suisse pour poursuivre leurs études et se former à la vie et à la liberté démocratique de l’Occident, avant de retourner en Bulgarie.

Ayant eu le chagrin de perdre son épouse, se sentant atteint par l’âge et la maladie, le professeur Konstantin Katzarov s’est retiré dans son appartement de Montreux en 1976, heureux tout de même d’avoir pu réaliser son voeu le plus cher. Il remit son bureau d’avocat de brevets à l’un de ses collaborateurs, envisageant de transformer son appartement du quai Gustave Ador en un Foyer bulgare, mais il dut finalement renoncer à ce projet et se contenter de léguer à la Faculté des lettres de Genève les nombreux livres qu’il avait pu rassembler dans sa bibliothèque personnelle.

Professeur Konstantin Katzarov est décédé à Montreux, le 7 octobre 1980. Nous garderons encore longtemps le souvenir, respectueux et reconnaissant, d’un homme courageux, resté profondément attaché à sa Patrie et fidèle à son idéal de liberté.